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Pour une Médiation Professionnelle

Une dépêche AFP nous informe de l’échec possible de la médiation dans le cadre du conflit en cours chez Continental à Toulouse.

Dans d’autres articles sur le sujet, le pessimisme semble de mise pour la CFDT et la CGT (parties au conflit) malgré la tenue de trois réunions de médiation. Le médiateur semble aussi gagné par la lassitude et l’idée de l’échec, puisqu’il pose lui-même un ultimatum : « S’il le fallait, il y aurait une dernière et quatrième réunion lundi 8 novembre », et « après, chacun prendra ses responsabilités ».

Je ne peux que regretter l’échec d’une médiation. Tout d’abord par l’altération de l’image que cela porte à cette discipline et ensuite car on peut identifier les « biais » qui rendent trop aléatoires les démarches de médiation, telles qu’elles sont conçues par les pouvoirs publics.

Quels sont donc ces biais qui posent la question de la mission et du profil du médiateur ?

1/ tout d’abord que l’on cesse de nommer ces intervenants « médiateurs », sauf à ce qu’ils aient suivi une formation ad hoc.

Bien souvent, ils sont désignés car on les sait maîtres dans l’art de la négociation, dans leur pouvoir d’influence et de conviction, leur capacité de « meneur d’homme » ou d’imaginer un compromis dans un environnement complexe. Ce sont  des négociateurs, des sages, des conciliateurs, des hommes de bonne volonté, des intermédiaires, des arbitres dont la mission est d’abord de proposer ou d’orienter une solution. Ce ne sont pas des médiateurs car ils ne savent pas traiter la dynamique émotionnelle (le parasite du dialogue) qui est le seul moyen de dépasser le conflit.

On retrouve ici la confusion des termes « médiateur » et « conciliateur » qui existe dans les textes légaux.

2/ pour Continental comme lors des médiations pour Molex, Lejaby ou Goodyear, les médiateurs choisis par l’état étaient investis d’une haute autorité notamment dans le domaine social (préfet, ancien directeur du travail, consultant en management et organisation, président de conseil économique et social…). A cela rien de surprenant me direz vous, puisqu’il s’agit simplement de l’application des articles R2523-7 et suivant du Code du travail.

Mais une médiation réussira t elle par la seule expérience, autorité ou qualité humaine de ces personnes ? Gagne t on le tour de France car on a l’expérience des courses cyclistes, que l’on a dirigé l’UCI, que l’on a une volonté de fer, une motivation extraordinaire et un charisme hors pair ?

La médiation c’est comme le vélo : il y a sans doute des prédispositions « naturelles », en fonction des individus certains trouveront le point d’équilibre plus vite que d’autres, certains seront des champions et d’autres pas, mais tous doivent commencer par apprendre une méthode qui a fait ses preuves (appuyer alternativement sur les pédales en équilibrant avec son corps et le guidon).

3/ on relève ensuite dans cette dépêche, l’utilisation des termes de « tentative de médiation » qui contiennent tacitement l’éventualité d’un échec. Ce qui est étonnant c’est que cette notion d’échec dans la médiation est souvent renvoyée à l’attitude des parties (souvent la mauvaise foi ou la mauvaise volonté) et plus rarement à la compétence du médiateur. Est ce l’élève ou le formateur qui est incompétent ? Si le formateur n’a pas reçu de formation à la pédagogie, la réponse est évidente. Il en va de même en médiation.

Dans un autre registre, les propos de S. Royal  lors d’une interview sur Europe1 et qui appelait les sénateurs à faire œuvre de médiation envers le gouvernement dans le cadre du conflit sur les retraites, sont une autre illustration de ce malentendu sur la mission et le profil du médiateur.

« Je suggère que le Sénat, notamment les centristes et la droite modérée invite le gouvernement à être sage, à être raisonnable. (…). Etre raisonnable c’est renoncer à cette volonté du rapport de force » dit elle. On y retrouve le biais de la compétence d’autorité. Un sénateur, sauf à être formé spécifiquement, n’est pas « naturellement » un médiateur. Par ailleurs la mission du médiateur ne peut être simplement d’appeler les parties à rouvrir le dialogue. Un véritable médiateur ira au delà, en menant jusqu’au bout le processus qui permettra aux parties « l’inimaginable discussion » et d’identifier leurs propres solutions.

Mais on trouve aussi dans ces propos cette illusion qu’un retour à la raison peut se faire simplement avec de la bonne volonté ou grâce à « l’invitation » d’une tierce personne.

Le médiateur professionnel n’est pas naïf, il sait qu’il faut plus qu’un appel à la raison pour renouer le dialogue et construire une solution. Quand on est partie au conflit, il est bien difficile de revenir à la raison puisque, c’est bien évident, « le problème c’est l’autre » et que « j’ai raison ».

Vous l’aurez compris, ces propos insistent sur l’importance d’un véritable apprentissage de la médiation et la reconnaissance de cette discipline dans sa spécificité et ses apports. La médiation est une discipline à part entière avec des compétences propres, qui, plus que de l’expérience, du bon sens, de la bonne volonté ou la maitrise des relations humaines, nécessite l’apprentissage d’une méthode basée sur une connaissance approfondie des mécanismes du conflit et qui, seule est à même de garantir un résultat de sortie de crise.

« Médiateur » est plus qu’un mot à la mode pour désigner n’importe quel « intermédiaire » ; la médiation est plus qu’une simple incitation à retrouver la raison et à renouer le dialogue.

Mésestimer cela, expose à de graves déconvenues sur la médiation et à galvauder un terme et une méthode porteurs d’un véritable potentiel de développement des relations humaines.

Article sur le Médiatoroscope du 06/11/2010

médiation

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